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Orientation et confidences
Introduction
par
Mathieu Guénette, conseiller d'orientation et auteur
Mais
qui est donc cet abominable Docteur Guénette?
Durant toute
mon adolescence, je me suis senti angoissé par mon avenir, de ce qui pourrait
m’arriver dans le futur et surtout de la manière dont j’allais vieillir.
La perspective de devenir un adulte suscitait une grande anxiété chez
moi. Je craignais de ne pas en être capable et de devenir ainsi un être
dysfonctionnel dans la société. Paradoxalement, j’avais également peur
aussi d’en être capable et de me transformer en un adulte terne qui aurait
perdu toute sa folie parce que confronté à lourdes responsabilités, en
un adulte que la vie aurait finalement vaincu. Partagé entre, d’une part,
le désir d’être en mesure de fonctionner dans ce monde et, d’autre part,
celui de vivre pleinement et de demeurer celui que j'étais avec
toutes les fantaisies qui me caractérisaient, la seule solution
que je pouvais envisager consistait à tenter d'étirer le
plus longtemps possible ma passive adolescence.
Comme pour
la grande majorité des jeunes, j’ai été confronté pour la première fois
à la nécessité de me préparer de façon concrète à devenir adulte lorsque
j’ai dû choisir mon orientation professionnelle. Désirant prolonger mon
adolescence, je ne voyais absolument rien d’amusant dans un processus
d’orientation de carrière. Bien entendu, j’étais quand même prêt à me
rallier à l’idée de faire un choix car je ne voulais pas nuire à ma future
vie d’adulte qui m’apparaissait déjà inquiétante.
Ma perception
de la carrière distinguait alors, d’un côté, les douceurs du quotidien,
la culture du jeu et de l’autre, le sens du devoir, l’obligation à faire
le deuil de tout ce qui pouvait m’apparaître si agréable. Le conseiller
d’orientation aurait pu faire tous les efforts pour m’apparaître sympathique,
à mes yeux, il aurait toujours ressemblé au personnage de la mort, avec
sa faux tranchante. Il aurait pu proposer de m’orienter en fonction de
mes préférences, mais j’aurais eu la même impression que s’il m’avait
demandé de quelle manière je préférerais mourir et la question me serait
apparue d’une terrifiante absurdité. Comme beaucoup de jeunes, j’aurais
répondu alors «Je veux mourir de la manière qui fait le moins mal» . C'est
ainsi que nous passons souvent à côté de l'essentiel
de nous-mêmes. Étant moi-même conseiller d'orientation
aujourd'hui, je remarque souvent que les gens oublient que leur orientation
professionnelle leur appartient et leur offre d'abord et avant tout l'occasion
de vivre pleinement.
Pour écrire
ce guide d’orientation destiné aux jeunes du secondaire et du collégial
ainsi qu’à leurs parents et à leurs éducateurs, j’ai dû recourir aux services
du docteur Guénette. Pour aider à les jeunes à apprivoiser la peur de
devenir adultes, j’ai décidé de leur faire don de nul autre que mon pire
cauchemar personnel. Dans le roman de Robert Louis Stevenson, le côté
sombre du docteur Jeckyll était représenté par son «mister Hyde». Moi,
à l’inverse, mon «mister Hyde» est représenté par un docteur, un spécialiste
de l’orientation pris dans sa bulle, souvent décroché de la réalité.
À la veille
de mes 30 ans, je dois avouer que j’ai toujours conservé la même peur
de vieillir et de ce que je vais devenir. Ce docteur Guénette est donc
une prédiction fataliste de ce que je serai devenu dans une trentaine
d’années, c’est-à-dire un «moi-même» qui a mal vieilli physiquement et
qui, en plus, a toujours les mes défauts, mais en dix fois pire. Dans
cette histoire, non seulement le temps n’a en rien aidé à corriger toutes
mes manies, mais je suis devenu une horrible caricature de ce que je suis
actuellement. Par contre, même si le docteur Guénette me fera peut-être
honte dans les pages qui vont suivre, je ne voudrais pas qu’on croie qu’il
est un monstre ou un fou et je me porterais même à la défense de
mon cauchemar si on osait l'attaquer! Parce que le docteur Guénette,
même s'il n'a rien du héros parfait que je pourrais souhaiter
devenir, est quand même moi.
Malgré
ses nombreuses contradictions et ses prétentions démesurées, j’ai quand
même trouvé pertinent de laisser le Docteur Guénette intervenir dans mes
écrits, car après tant d’années, il a peut-être conservé ce qu’il y avait
de plus précieux en lui : un grand désir d’aider son prochain. En le regardant
avec attention, il y a quelque chose qui me rassure dans ce personnage
et qui m’aide à avoir moins peur de vieillir. Peut-être pourrai-je un
jour faire le deuil de bon nombre d’espérances, si je parviens au moins
à conserver cette flamme qui m’anime aujourd’hui. Peut-être finirai-je
même par aimer cette vision d’un futur imparfait de la même manière que
je suis parvenu à aimer mes parents comme ils sont, après les avoir remis
en question pendant longtemps. Mais en réalité, le rôle
du docteur Guénette me servira principalement à présenter
mes propres réflexions, que le docteur Guénette appellera
«ses documentaires», prendront tantôt la forme de bandes dessinées,
tantôt de textes. À la toute fin, le docteur Guénette
vous exposera ses stupéfiantes théories sur l'orientation.
À présent,
je vous laisse entre les mains de L’ABOMINABLE DOCTEUR GUÉNETTE qui sommeille
en moi!
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