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LA PRESSE - 20 octobre 1991


  C5                                                    ARTS ET CULTURE - LIVRES

Pas facile d'avoir quinze ans

Réginald Martel

M. Mathieu Guénette a commencé à quinze ans le roman que publient les éditions Suzanne Pépin. Il en a aujourd'hui dix-sept. C'est la gloire, sans doute, et son roman n'est pas mauvais du tout. En sept chapitres assez bien menés, il présente autant de personnages, des élèves du cours secondaire je crois, plus ou moins liés par l'amitié ou l'amour, parfois par des sentiments moins nobles.

Cet âge est difficile. Les gamins et gamines ne savent pas qui ils sont, ils ne sont pas qui ils croient être, ils cherchent à être de qu'on leur demande - ou le contraire. Ils passent une bonne partie de leur temps dans une de ces usines immenses et sans âme où ils sont censés se préparer à la vie; ils ne s'en plaignent pas, croyant sans doute qu'une école, c'est ça.

C'est pas facile est un roman révélateur de beaucoup de choses. Des attentes des parents par exemple, qui n'ont pas nécessairement de rapport avec les aspirations et les besoins des enfants eux-mêmes; de la surprenante solitude des enfants, que leur grégarité apparente ne permet pas d'imaginer, et de l'ennui qui les mine: «Il avait beau tuer en vain (sic) le temps, celui-ci revenait toujours, tout au long de sa vie, Hugo le combattrait ainsi jusqu'à ce qu'il s'arrête.»

Les adolescents décrits par M. Guénette ont l'humeur généralement chagrine: «Ainsi allait la vie: raccommoder les déchirures au fil des jours pendant que tout le reste se découd tranquillement»; quant aux adolescentes, les pauvres, elles sont les choses des garçons. Une d'elles se laisse embrasser même si elle n'en a pas envie, parce qu'elle est avec le lui du moment «et que ça voulait donc dire qu'il avait tous les droits sur elle»

Le jeune romancier a choisi de terminer ses portraits - il parle de cas - par une projection dans l'avenir du destin de chacun des héros. Ça donne froid dans le dos... Jean-Marie sera trompé par sa femme et mourra d'un cancer du poumon; Hugo divorcera et mourra d'une tumeur au cerveau; Julien divorcera et mourra du sida; Annabelle divorcera et mourra dans un accident; etc. Pour la garde des enfants, la mère, toujours.

M. Guénette n'a pas à rougir de son travail. L'éditeur, si, qui n'a pas corrigé les fautes de français, qui n'a pas rectifié l'orthographe. C'est de cela que se plaindra le jeune homme quand sera passée l'excitation de ces jours-ci. Des exemples? Dans la seule page 115: «Pierre [...] la boursoufflait d'un appétit de vivre»; «Elle aurait voulu [...] qu'il fasse parti du mobilier»; «les autres avaient du fric pleins les poches»

C'EST PAS FACILE, Mathieu Guénette, roman, 130 pages, éditions Suzanne Pépin, Montréal, 1991.

 

 

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