|
Pas
facile d'avoir quinze ans
Réginald
Martel
M. Mathieu Guénette a commencé à quinze ans le roman
que publient les éditions Suzanne Pépin. Il en a aujourd'hui
dix-sept. C'est la gloire, sans doute, et son roman
n'est pas mauvais du tout. En sept chapitres assez
bien menés, il présente autant de personnages, des
élèves du cours secondaire je crois, plus ou moins
liés par l'amitié ou l'amour, parfois par des sentiments
moins nobles.
Cet
âge est difficile. Les gamins et gamines ne savent
pas qui ils sont, ils ne sont pas qui ils croient
être, ils cherchent à être de qu'on leur demande -
ou le contraire. Ils passent une bonne partie de leur
temps dans une de ces usines immenses et sans âme
où ils sont censés se préparer à la vie; ils ne s'en
plaignent pas, croyant sans doute qu'une école, c'est
ça.
C'est
pas facile est un roman révélateur de beaucoup de
choses. Des attentes des parents par exemple, qui
n'ont pas nécessairement de rapport avec les aspirations
et les besoins des enfants eux-mêmes; de la surprenante
solitude des enfants, que leur grégarité apparente
ne permet pas d'imaginer, et de l'ennui qui les mine:
«Il avait beau tuer en vain (sic) le temps, celui-ci
revenait toujours, tout au long de sa vie, Hugo le
combattrait ainsi jusqu'à ce qu'il s'arrête.»
Les
adolescents décrits par M. Guénette ont l'humeur généralement
chagrine: «Ainsi allait la vie: raccommoder les déchirures
au fil des jours pendant que tout le reste se découd
tranquillement»; quant aux adolescentes, les pauvres,
elles sont les choses des garçons. Une d'elles se
laisse embrasser même si elle n'en a pas envie, parce
qu'elle est avec le lui du moment «et que ça voulait
donc dire qu'il avait tous les droits sur elle»
Le
jeune romancier a choisi de terminer ses portraits
- il parle de cas - par une projection dans l'avenir
du destin de chacun des héros. Ça donne froid dans
le dos... Jean-Marie sera trompé par sa femme et mourra
d'un cancer du poumon; Hugo divorcera et mourra d'une
tumeur au cerveau; Julien divorcera et mourra du sida;
Annabelle divorcera et mourra dans un accident; etc.
Pour la garde des enfants, la mère, toujours.
M.
Guénette n'a pas à rougir de son travail. L'éditeur,
si, qui n'a pas corrigé les fautes de français, qui
n'a pas rectifié l'orthographe. C'est de cela que
se plaindra le jeune homme quand sera passée l'excitation
de ces jours-ci. Des exemples? Dans la seule page
115: «Pierre [...] la boursoufflait d'un appétit de
vivre»; «Elle aurait voulu [...] qu'il fasse parti
du mobilier»; «les autres avaient du fric pleins les
poches»
C'EST
PAS FACILE, Mathieu Guénette, roman, 130 pages, éditions
Suzanne Pépin, Montréal, 1991.
|