Autosabotage chez les chercheurs d'emploi
Certains
individus adoptent, au cours d'une entrevue d'emploi,
une attitude qui risque de saboter totalement leurs
chances de décrocher le poste convoité. Voici deux
exemples de ce type de comportement ainsi quelques
conseils pratiques.
Le
combattant enragé
Le
combattant enragé se sent en situation de crise, sa
survie est menacée. Il tente le tout pour le tout,
il se dit qu'il n'a rien à perdre: "Tant qu'à mourir,
mourons en héros". Il agit avec le désespoir d'un
petit animal traqué qui, sans s'en apercevoir, se
lance droit dans la gueule du loup. Même s'il n'y
croit plus du tout, il continue de foncer pour la
forme, n'importe où, continuellement, jusqu'à ce qu'il
se sente complètement anéanti.
Plus il se cogne le nez à des portes qui se ferment,
plus il interprète le refus de façon personnelle.
Dans un autre sens, bien entendu, plus il désespère,
moins il est convaincu de la qualité de ce qu'il veut
vendre. C'est ainsi qu'il devient son pire ennemi
et il se condamne à une escalade qui peut le conduire
jusqu'à la dépression.
Le
combattant enragé laisse sa rage l'envahir, il s'éparpille
alors et néglige sa recherche, il ne prend plus le
temps de soigner sa présentation ou de planifier ses
actions. Il peut même parfois adopter une attitude
arrogante vis-à-vis de l'employeur, parce qu'il est
fatigué de cette humiliante mascarade qu'il subit
depuis trop longtemps. Le combattant enragé démissionne
au moindre signe, il ne sait plus profiter des perches
qu'on lui tend. Il peut aussi prendre contact avec
l'employeur de manière harcelante, l'étouffer, en
insistant trop: "Je veux être sûr qu'il ne m'oubliera
pas, celui-là." Les employeurs le refusent et le mettent
à l'écart, non parce qu'il ne serait pas compétent,
mais parce qu'il adopte une profonde attitude de vaincu.
Le
combattant enragé se condamne véritablement à la noyade.
Pris de panique, il n'est plus capable de nager, il
se débat pour sortir de l'eau et cette volonté de
survie l'enfonce davantage, sans qu'il puisse jamais
parvenir à remonter seul jusqu'à la surface. Le combattant
enragé devra prendre le recul nécessaire face à sa
colère. Comme il a le nez trop collé sur ses frustrations
quotidiennes, il devient difficile pour lui de considérer
l'ensemble de sa situation. Il aurait avantage à trouver
de nouvelles façons d'interpréter ce qui lui arrive.
Le
bon élève
Le
bon élève peut interpréter l'entrevue d'embauche comme
un test de sélection où il sera noté sur le nombre
de bonnes réponses, alors qu'il devrait beaucoup plus
le concevoir comme une prise de contact. Ce bon élève
concentre alors son énergie à entrer parfaitement
dans le moule, il livre un excellent exposé oral,
mais d'où aucune communication réelle ne peut se dégager.
La peur de l'erreur l'empêche d'être lui-même et l'oblige
à utiliser un langage emprunté. Le bon élève en vient
à accentuer tellement l'aspect technique de la recherche
d'emploi qu'il dépersonnalise complètement sa candidature.
Malheureusement, peu importe les domaines d'emploi
qui l'intéressent, c'est surtout à partir de sa personnalité
que le chercheur d'emploi réussit à y trouver sa place.
La
stratégie du bon élève est simple. Elle consiste à
être le plus vague et à paraître le plus polyvalent,
afin de laisser un maximum de portes ouvertes.
Le
bon élève veut plaire avant toutes choses, il est
gentil et il applique à la lettre les consignes qu'il
reçoit de toutes parts, mais ses attentes sont souvent
démesurées. Il voit l'aide qu'il obtient comme s'il
consultait un médium:
Dites-moi
quoi faire, quand et comment.
C'est
vous les spécialistes, dites-moi ce qui va m'arriver.
Si
ça ne marche pas, ça ne vous dérange pas que je vous
traîne devant les tribunaux?
Le bon élève aurait avantage à être beaucoup plus
attentif à l'effet produit par ses paroles. Le bon
élève tirerait profit à s'abandonner un peu plus,
à se permettre quelques audaces. Si le bon élève tient
absolument à répondre à des normes, qu'il sache qu'une
des normes les plus importantes est l'authenticité.
Texte
tiré de Déjouer les attitudes kamikazes en recherche
d'emploi (Mathieu Guénette), publié chez Septembre
éditeur (www.septembre.com ou 1 800 361-7755).
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