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Le
métier d’être soi-même
Mathieu Guénette, c.o.
Collaboration spéciale
À
TITRE de conseiller d’orientation, à maintes reprises,
j’ai observé comment l’information strictement descriptive
des métiers et professions occupait trop souvent toute
la place dans le questionnement de carrière au point
de dépersonnaliser cette prise de décision. Choisir
une future vie professionnelle ne peut se comparer
à nos choix quotidiens.
Mon
expérience au sein de divers milieux scolaires m’a
permis de réaliser que, pour un étudiant, s’engager
dans un programme universitaire comporte une importance
symbolique. Avant même le salaire et la sécurité qu’il
assure, le travail procure une signification à notre
existence. Plus déterminant encore, ce qui pourrait
n’être qu’une suite logique de sa vie va l’obliger
à changer sa conception du monde. L’étudiant ne peut
plus en effet recevoir passivement sa formation. Il
doit maintenant se préparer sciemment à jouer un rôle
significatif dans la société.
Pour
beaucoup de jeunes rencontrés lors de ma pratique
de conseiller, la difficulté ne consiste pas tant
à identifier un programme de formation, mais à plonger
sans filet dans cette nouvelle vie.
Au
moment des études collégiales, aussi intelligent qu'on
puisse être, il est difficile de se percevoir
comme des adultes. Souvent, nous avons l’impression
de n’être que des jeunes qui se choisissent une vie
d’adulte. En planifiant d’entrer sur le marché du
travail, nous nous préparons à devenir orphelins en
quelque sorte et à se perdre dans le grand nombre.
Il est alors tentant de rechercher parmi les nombreux
programmes offerts une berceuse rassurante.
Dans
mon bureau, j’écoute souvent des collégiens exprimer
le voeu d’un programme d’étude qui leur assurerait
une paisible existence. Je les vois parcourir la documentation
recherchant à travers les descriptifs des mots tels
que «débouchés garantis», «pénurie de main-d’œuvre»,
«revenu élevé», «prestige», mais surtout quelques
mots tendres, hélas, qu’ils ne trouveront jamais comme
«ne t’en fais pas, la vie ne sera pas trop dure pour
toi». Ils cherchent à se faire une niche dans une
carrière d’avenir, avec juste assez d’air et de nourriture
à volonté.
Pour
ma part, tout au long de mes études, j’ai attendu
la fin, en croyant qu’elles n’étaient que le prélude
à ma véritable existence. Et puis au terme de mon
baccalauréat, comme mes confrères de classe, j’ai
entrepris une recherche d’emploi comme si je répondais
encore à un autre de mes devoirs scolaires. À l’âge
de 21 ans, j’ai obtenu un emploi stable en lien direct
avec ma formation mais seulement pour réaliser qu’il
n’y avait rien d’autre ensuite que la vie qui se poursuivait,
seulement un travail sans fin, encore plus long que
la scolarité.
J’ai
compris alors que je ne pouvais plus me contenter
d’attendre. Il ne restait plus que moi-même à considérer,
que moi-même à prendre en charge avec ma vie d’adulte.
Le métier d’être soi-même m’apparaît le plus beau
et le plus complet de tous. C’est d’ailleurs celui
que je souhaite à tous ceux que je rencontre en entrevue,
intéressés à une démarche d’orientation.
Et
puis, vous savez, l’information pour s’orienter, ça
devrait offrir une variété de possibilités d’être
soi-même.
On
peut communiquer avec Mathieu Guénette, conseiller
d'orientation et auteur de diverses publications,
sur le site www.chercheursdesens.com
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